Témoignage de Ginette Noël
Présidente 1984-1985

À l’aube des années 70, j’ai adhéré à l’Association des archivistes du Québec. Au cours des décennies suivantes, elle est devenue pour moi un lieu de formation, elle m’a permis de vivre des expériences professionnelles riches et de nouer des amitiés sincères.

À cette époque, il n’existait pas de programme d’archivistique dans les Universités. Les étudiants et étudiantes en histoire, comme c’était mon cas, bénéficiaient de quelques cours à option donnant un faible aperçu de cette profession en devenir. C’est dire que lors de l’obtention d’un premier emploi dans le domaine nous nous trouvions un peu démunis face aux défis quotidiens. Car, en même temps que nos affectations nécessitaient de traiter des masses documentaires importantes dont la valeur historique n’avait pas toujours été identifiée, il y avait une explosion de la création de documents nécessaires aux prises de décisions administratives auxquelles il fallait accéder rapidement. C’est l’AAQ qui a su compenser la formation qui nous faisait cruellement défaut. Lors des congrès annuels, il était question de tous les sujets de l’heure : le traitement et la conservation des documents anciens, les règles de descriptions des documents d’archives, la classification des documents administratifs, l’élaboration de calendrier de conservation, le microfilmage et, plus tard, l’informatisation et la numérisation. Pendant le reste de l’année, les sections régionales en archives historiques et en gestion documentaire prenaient le relais souvent sous forme de partages de projets réussis chez les uns et les autres dont on pouvait s’inspirer. Ainsi, avec le temps, nous pouvions compter sur un réseau de contacts inspirants pour faire face à nos responsabilités.

En ce qui concerne les expériences marquantes, elles sont nombreuses puisque j’ai été impliquée à tous les niveaux de l’Association allant de responsable de La Chronique à présidente. J’ai été émue lorsque l’on m’a nommée membre émérite et quand une année j’ai reçu le prix du meilleur article de la Revue Archives. Mais ce que je retiens surtout, ce sont deux événements uniques dans l’histoire de l’Association. D’abord, l’adoption de la Loi sur les archives qui érigeait l’archivistique comme domaine professionnel. Avec d’autres personnes, j’ai présenté le mémoire décrivant le point de vue de l’Association sur ce projet de loi au Gouvernement d’alors, mémorable ! Ensuite, le Congrès international des Archives de 1992 qui a permis à l’Association d’être reconnue sur la scène internationale. J’étais membre du comité organisateur. À ce titre, je me suis rendue à Paris quatre ans plus tôt pour apprendre, un peu comme lors de la désignation d’une ville olympique, que Montréal allait recevoir le prochain Congrès international des Archives, c’était fabuleux. Par la suite, j’ai fait partie des délégations qui ont fait la promotion de l’événement à Amsterdam et à Philadelphie. Au cours des quatre années suivantes, tous les services d’archives du Québec furent mis à contribution afin que leurs plus importantes avancées professionnelles soient présentées à la communauté internationale d’archivistes. Ce fut un immense succès. Ultérieurement, plusieurs d’entre nous furent invités en Europe pour présenter des communications. En ce qui me concerne, j’ai été reçue à l’Hôtel de Ville de Budapest. Pour clore cette épopée internationale, nombre d’archivistes québécois, dont je faisais partie, ont assisté au congrès suivant qui eut lieu en Chine. Inoubliable !

Des voyages d’affaires, de fréquentes réunions favorisent la création de liens professionnels et quelquefois de rapprochements sur le plan personnel. Cela s’est produit plusieurs fois dans mon cas et certaines de ces personnes sont encore présentes dans mon intimité et je sais que je peux toujours compter sur elles.

En terminant, j’aimerais rappeler la mémoire de certains de nos grands disparus que j’ai côtoyés : Jacques Ducharme, Jacques Grimard, Jean-Pierre Wallot et Robert Garon. Chacun à leur manière, ils ont participé au développement de notre profession. Ils auraient certainement enrichi de témoignages bien sentis ce cinquantième anniversaire. Mais j’ai surtout hâte de lire la nouvelle génération qui continue à la faire progresser.

Féconde et longue et vie à l’Association des archivistes du Québec.

Ginette Noël